
Il y a en chacun de nous un paradoxe indéniable entre ce qui nous paraît être honnête dans nos actions et notre considération d’agir à juste titre.
Que ce soit dans les actions faites consciemment ou les partis pris silencieux, nous agissons souvent dans une sphère du devoir, pour confirmer ce qui nous paraît juste et correct dans l’instant T.
Combien de fois a-t-on entendu des remarques telles que “Tu as fait ce qu’il fallait” ou “C’était la meilleure chose à faire” pour justifier des moments de vie qui nous ont paru à la fois nécessaires et injustes, et qui plus est, finissent généralement par prouver à quel point nous avions tort ? Pourtant, malgré la malaisance que ces émotions peuvent provoquer, ce sont des affirmations types qui servent de pommade à nos doutes, puisque l’on applique souvent notre devoir d’être, en fonction de ce que nous jugeons juste et honnête envers nous-même.
Bon nombre de fois, nous agissons en vertu de ce qui nous paraît le plus légitime dans l’instant donné et selon un principe de droiture inculqué généralement durant notre enfance, pour déterminer ce qui est bon et juste de faire et ne pas faire. Ces pratiques ordinaires, fréquemment associées à notre bon savoir-vivre, notre politesse, nos manières et notre façon de nous exprimer viennent tracer un fil conducteur de ce que l’on considère comme notre normalité, et où toute dérive injustifiée peut résulter dans un sentiment d’injustice.
La fragilité du fil débute dans l’écart infime des intentions qui s’immiscent entre le désir d’être juste et d’être honnête.
La justesse est généralement définie comme une qualité qui renvoie à la perfection d’une chose ou d’une situation, sans aucune erreur, ni écart de jugement. L’honnêteté quant à elle, est placée dans l’action de celui ou celle qui agit avec droiture et loyauté pour se conformer aux règles de la morale, au respect d’autrui et aux convenances d’usage en société.
Toutes deux se situent dans des extrémités de conformité, qui jusqu’à preuve du contraire, n’existent que dans une théorie abstraite où l’on serait en capacité de s’auto-proclamer juste et honnête (selon des cadres qui n’ont jamais défini ni l’ampleur ni la dimension dans lesquelles on viendrait à se considérer entièrement juste et honnête). C’est pourquoi, ce qui paraît juste à certaines personnes est complètement inexact et hors de propos pour d’autres, puisque la forme de justesse établie par tout un chacun dépend de la hauteur à laquelle ce dernier a placé sa barre de perfection ainsi que son taux de tolérance pour atteindre cet objectif.
À notre niveau, la justesse est également difficilement pérenne par l’instabilité de l’évolution constante du soi, qui choisit ou se décide à croître dans les différentes étapes de nos vies. Ce qui a été juste dans notre enfance peut ne pas l’être dans notre entrée à l’âge adulte, ni à sa sortie.
Dans l’œil d’autrui, les actions menées “de plein gré”, “en mon honneur” et “de plein droit” ne sont que des subterfuges pour dissimuler les dérives de notre égo qui a proclamé l’étendue de sa justesse. À l’inverse, il est certain que toute personne qui agit pour le bien (de tous) se considère comme œuvrant en pleine conscience de son pouvoir pour répandre ses bonnes intentions. C’est dans cette notion de volonté d’agir pour le bien que s’obstruent souvent ces deux principes. Ce qui est fondamentalement juste est rarement appliqué par des pratiques entièrement honnêtes, tout comme ce qui est fondamentalement honnête n’atteint jamais un seuil de perfection indiscutable car cela reviendrait à enfermer l’immensité de l’excellence dans des principes aussi stricts qu’une cage fermée à double tour, d’où l’idée banalisée que rien ni personne n’est parfait.
L’évolution humaine a montré que les actions malhonnêtes menées « pour le bien de tous » par des dirigeants contestés, sont l’antithèse de la justesse, car elles ont puisé dans les écarts douteux d’hommes en proie à leurs dérives, incapables de reconnaître le seuil franchi de leur perte de contrôle sur les connaissances universelles du monde.
Ainsi n’y-a-t-il que justesse et honnêteté en reconnaissant que rien ne les définit plus que nos limites à les comprendre. Il n’y a ni commencement ni fin dans l’intention d’être juste et honnête, puisque si nous questionnons la valeur de ces qualités, c’est que nous avons perdu le fil de leur sens et nous sommes en chemin pour en rattraper la corde…