Il y a une dualité entre la vie et la mort, qui hante les esprits de tous ceux qui cherchent un sens à leur existence, notamment cet étrange paradoxe entre le fait que nous ne redoutons pas de naître et vivre alors que nous sommes terrifiés par la mort. Plusieurs philosophes ont établi des codes sur le raisonnement face à ce cycle de vie, principalement en concluant que nous redoutons la fin car l’inconnu de ce néant nous effraie et c’est notre conscience qui nous amène à imaginer le pire au lieu de donner le bénéfice du doute à ce qu’on ne comprend pas.
Pourtant, il n’y a aucune appréhension viscérale d’exister pour un jeune nourrisson qui voit le jour pour la première fois, avec le même niveau d’incompréhension et de découverte absolue face à la vie.
Tout ce que nous apprenons, tout ce que nous vivons nous est enseigné au fur et à mesure de nos premières années et c’est dans ce statut d’enfance que l’innocence contient la forme la plus pure de paix intérieure car vivre n’est pas une condition exigée, c’est un automatisme.
Hors à l’âge adulte, vivre n’est plus un paramètre prédéfini et libre de conditions, bien au contraire, vivre est associé à des exigences et des contraintes qui nous sont véhiculées par un poids d’évolution, de progression, de maintenance et bien d’autres termes qui définissent toutes les limites dans lesquelles nous nous réveillons chaque matin.
Si l’on faisait un sondage, il est certain que beaucoup dirait avoir « ressenti le poids du monde » sur leurs épaules plus d’une fois.
Et cela doit être particulièrement lourd si on multiplie ce volume par les milliards d’adultes qui en souffrent à ce jour…
Nous ne finissons non plus par redouter de vivre mais plutôt par craindre d’arriver trop vite à la fin de nos avantages comme le temps nous est compté, qu’on le conscientise ou non.
La culture moderne pousse à idolâtrer les petites jouissances de nos quotidiens pour se rappeler la valeur de nos vies, il serait insoutenable de se donner une date d’expiration avant même de connaître ce que la péremption signifie. Personne ne sait réellement ce que signifie la mort, et ce malgré nos théories les plus développées. Le mystère du pourquoi et comment reste plein.
A. Schopenhauer disait « La vie doit en tout cas bientôt finir, et alors les quelques années qu’on a peut-être encore à exister disparaissent jusqu’à la dernière devant l’infinité du temps où on ne sera plus. Il semble donc même ridicule à la raison de tant s’inquiéter pour ce court espace de temps, de trembler si fort au moindre danger qui menace notre vie ou celle d’autrui, et de composer des drames dont le pathétique a pour seul ressort la crainte de la mort. »
Cette idéologie vient à rappeler que peu importe le nombre d’angoisses que nous relayons au fait de cesser d’exister, tout n’est qu’une forme d’aller-retour dans un vaste océan qui ne nous n’appartient pas. Et là où l’air s’engouffre, s’en va, dérive et disparaît, il finit toujours par revenir. Il en est de même pour cette vie, qui nous semble si fragile entre nos mains, même si elle ne signifie à nos yeux que ce que nous nous autorisons à les laisser voir…
Il y a peut-être une forme de naïveté à croire que chacune de nos vies ait un sens propre, poussé au milieu d’une collectivité pour servir un but que nous ne sommes pas en capacité de comprendre. Pourtant, beaucoup en arrivant à leurs derniers jours établissent que les seules choses qui comptent dans cet instant sont: les fragments d’amour qu’ils ont reçus, les regards bienveillants qui se posent sur eux pour les laisser vaguer ailleurs, les petites conquêtes et aventures qui ont fait battre leur coeur plus fort.
Tout ceci, dans le creux des pupilles, en quelques secondes, pour donner une dernière étincelle avant de clore les battants et finir le chapitre là où tout a commencé.