Nous sommes en constante recherche de cet état de satisfaction qui nous donnerait une stabilité intérieure ultime, celle d’avoir atteint notre but.
La satisfaction est propre à tout un chacun et reste très futile, étant donné l’éphémérité de sa présence. On est plus à même de ressentir l’état de satisfaction (sous les formes connues de notre réaction au plaisir) plutôt que de définir ce qu’est la satisfaction et ce qu’elle représente.
Pourtant, après avoir rencontré des personnes de plus de nationalités que je ne saurais compter, d’âge variant de l’enfance à la retraite, et de tout cercle social qui soit, je ne me rappelle pas avoir connu une seule personne qui définirait sa vie comme étant pleinement satisfaisante. Il y a toujours dans leurs réponses un temps d’arrêt, ce fragment de silence où tous les « si seulement » pèsent lourd et laissent vacant toutes ces opportunités d’avoir eu ou d’avoir vécu à la hauteur de leur espérance.
D’où vient cet écart incessant et infaillible entre ce que l’on obtient et ce que l’on désire obtenir ?
L’être humain est fait pour être éternellement insatisfait car c’est dans sa quête infinie du bonheur et d’une pleine allégresse qu’il évolue au fur et à mesure de sa vie, sans jamais donner un sens à la chasse au trésor dans laquelle il s’investit. Il reste constamment dans cette zone de recherche, une sorte de tremplin vers d’autres horizons, qui au lieu d’être une phase saisonnière se termine en une vie entière faite d’attentes interminables.
Le caractère même de la satisfaction vient dans sa subjectivité à rester et marquer les esprits. Nous passons plus de temps à réfléchir à ce qui nous rendrait entier, plein, satisfait plutôt qu’à le vivre quand l’on est. La satisfaction est un fantôme omniprésent qui attend d’être appelé à la barre.
Prenons l’exemple d’un gemmologue (spécialiste de pierres précieuses), si ce dernier n’est pas instruit sur la valeur du trésor qu’il recherche et étudie, il n’aura pas les connaissances nécessaires pour déterminer la forme, la pureté et l’authenticité de la pierre qu’il a sous les yeux.
De ce fait, quand il rencontrera une dite merveille, sera-t-il réellement en mesure d’en apprécier la richesse ou gardera-t-il un goût avide de continuer à faire de plus amples études et diagnostiques pour trouver une autre perle rare ? Voire même, se sera-t-il rendu compte qu’il détenait dans ses mains une perle rare en premier lieu ?
Nous sommes tous dans cet espace instable de quête du trésor puisque nous ne réalisons pas la valeur de ce que nous avons jusqu’à ce que nous perdions cette proximité, cette fameuse sensation de se rendre compte de ce que l’on avait seulement quand l’on a perdu.
L’oeil est attiré par ce qui est nouveau, ce qui est brillant, ce qui intrigue. On retrouve dans l’inconnu cette excitation d’avoir fait une grande découverte, là où d’autres feraient révérence à tout ce que l’on consomme au quotidien et ce qui nous appartient d’ores-et-déjà.
À force de rechercher des perles rares, nous avons obstrué notre capacité à apprécier ce qui est en notre possession, au profit d’une négation pleine de ce qui nous rendrait heureux dans l’instantané. Pour beaucoup, admettre leur richesse actuelle reviendrait à dire qu’ils ont atteint la plénitude maximale et donc se réfugier dans le renoncement.
Ceux-ci vont constamment penser: pourquoi aimer mes biens si mes voisins, mes collègues, mes proches me montrent qu’ils ont mieux ? Pourquoi m’accorder d’aimer ce corps quand d’autres en modèlent un plus parfait ?
Ces questions finissent toujours par aboutir sur la même réponse: Je n’ai et ne possède que ce que je m’autorise à chérir, et ma plus belle satisfaction ne découlera que de ce constat.
Admettre l’authenticité de ce qui nous réjouit dans l’instant présent n’enlève en rien la surprise d’attirer cette même sensation dès le jour suivant. Pouvez-vous imaginer une seconde de vous émerveiller devant cette maison qui vous tient à coeur, en perdre complètement le souvenir, puis revivre cet éclat dès le jour suivant. Peut-être nous manque-t-il à tous cette amnésie partielle sentimentale pour nous rappeler la chaleur vive qui s’étend au fond de nos tripes quand on réalise ce que nous avons accompli ?
Nous éplorons l’univers de nous offrir une richesse au-dessus de tout sens raisonnable avant même de nous questionner sur la légitimité de notre mérite face à ce don. Une donation est précieuse, elle se doit de résider dans la bienveillance d’offrir à juste titre et sans aucune prétention. Hors peu d’entre nous ont la capacité de rendre à la vie la valeur du temps qu’elle nous offre.
En bons passagers que nous sommes sur Terre, n’y a-t-il pas plus belle satisfaction que de reconnaître que l’on a rendu à la vie toute la gratitude dont nous pouvons faire preuve ? La véritable conclusion resterait de finir nos jours en disant que l’on a été satisfait de ne jamais être satisfait, car les failles nous ont appris à aimer tous ces vides, en se remplissant le coeur des moments avec tous ceux qui y ont prêté attention.